Par Les Démocrates
Lundi 23 novembre 2009
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Source :
debout.lesdemocrates.fr / 19 novembre
2009
Le gouvernement lance un grand débat sur l’identité nationale : transformons donc cette idée nauséabonde en une belle occasion de donner au président de la République une idée plus précise
de ce qu’être Français veut dire. Peut-être ainsi comprendra-t-il à quel point il trahit nos valeurs et nos grands principes républicains lorsqu’il mélange religion et politique, lorsqu’il creuse
les inégalités sociales et scolaires, lorsqu’il permet que la liberté d’expression soit bafouée, ou encore lorsqu’il renvoie des « étrangers » dans un pays en guerre…
Qu’est-ce que l’identité nationale ?
Il est extrêmement délicat de définir une identité nationale. Quiconque s’essaie à le faire s’avance en terrain miné. On connaît les dérives des définitions essentialistes de l’identité, celles
qui réduisent les peuples à un certain nombre de caractéristiques propres. Il est évident que l’identité française ne peut se définir en termes ethniques ou se réduire à quelques caractéristiques
purement culturelles. Il est également évident que nulle identité n’est figée ni donnée une fois pour toute et qu’elle n’est en aucun cas unique ou monolithique. L’identité, qu’elle soit
individuelle ou bien nationale, est toujours en évolution et par définition multiple et protéiforme. Figer l’identité c’est donc tuer l’identité.
Si l’on s’intéresse à la façon dont les intellectuels ont pensé l’identité nationale, on s’aperçoit que celle-ci a plutôt été comprise comme une communauté de valeurs et de principes qui
s’articulent autour d’un modèle français original. Si on ne peut nier que ce modèle français traverse une crise d’identité profonde, il est également clair que le gouvernement actuel entend la
résoudre non pas en essayant de sauver un modèle français essoufflé mais en rompant avec les quelques repères identitaires qui faisaient de la France un pays avec une identité forte, originale et
affirmée.
La laïcité, socle de l’identité républicaine
Rappelons-le à Nicolas Sarkozy : être Français c’est d’abord reconnaître la laïcité comme un socle de notre République. Rares sont les pays qui chérissent cette valeur autant que la France.
Rares sont d’ailleurs les pays qui comprennent ce que notre conception de la laïcité signifie. Car notre conception stricte de la laïcité est parfois comprise comme une forme d’intolérance. Au
contraire, Monsieur le président, notre définition de la laïcité est stricte car nous considérons qu’elle est la condition-même de la tolérance. Interdire de porter des signes religieux à
l’école, ce n’est pas être intolérant vis-à-vis de la religion ou de certaines communautés, c’est affirmer que l’école n’est pas le lieu de la religion, d’aucune religion. C’est le lieu où se
développe la liberté de se faire son propre jugement sans qu’aucune forme de prosélytisme ne vienne empêcher le libre arbitre de s’exercer à l’avenir. Lorsque vous prononciez le discours de
Latran vous vous trompiez donc sur la signification de cette valeur, vous avez dévié de notre identité nationale, vous avez franchi des limites qu’aucun président français n’avait franchies
auparavant car ils respectaient les valeurs de notre République française. En parlant de « laïcité positive » vous vous êtes éloigné de la conception française de la laïcité, qui est
une valeur absolue qui ne souffre donc pas d’adjectif. Si un président américain peut se permettre de prêter serment sur la Bible, de déclarer « God bless America » ou d’afficher ses
pratiques ou ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions, c’est la tradition nationale américaine, pas la nôtre. Vous avez dévié de notre tradition nationale lorsque vous avez
déclaré à Latran :
« Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées
notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays
doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions. (…) la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer
ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. (…) la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance. »
Non Monsieur Sarkozy, la religion n’a rien à faire en politique et vous n’êtes pas un président américain qui peut, parce que sa tradition nationale le permet, abolir par moments le mur de
séparation dressé entre l’Eglise et l’Etat par le premier amendement de la Constitution américaine. Notre conception française de la laïcité ne nous permet pas une telle liberté parce que
la liberté de conscience est comprise comme un droit privé qui, s’il devient public, porte atteinte à la liberté des autres, ceux qui ne seraient pas catholiques, justement. Cette
liberté que vous avez prise en tant que chef d’Etat était exclusive de l’Autre et ce n’est pas ça la conception inclusive de la liberté française garantie par la laïcité.
« Liberté, égalité, fraternité »
L’exemple précédent illustre la spécificité de la tradition nationale française par rapport à la tradition nationale américaine. Mais le modèle de société français découle également d’une
conception particulière de la République fondée sur trois valeurs essentielles : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Plus qu’une devise, ces trois notions juxtaposées résument un
projet de société et un modèle républicain qui diffèrent profondément du projet de société américain. C’est de la comparaison entre ces deux pays qu’on peut trouver un moyen de dégager ce qui
fait la spécificité de notre modèle républicain français.
Le projet de société français se fonde sur le modèle républicain qui doit garantir la liberté et l’égalité. Ces deux valeurs vagues et abstraites sont comprises en France de manière très
différente de la façon dont elles sont comprises outre-Atlantique. Si aux Etats-Unis la liberté est avant tout individuelle et l’Etat généralement perçu comme une entrave à cette liberté, en
France la liberté du citoyen est garantie par un Etat fort et centralisateur qui se doit d’aplanir les disparités en favorisant l’égalité entre les individus. En France, liberté et égalité vont
de pair et c’est la seconde qui permet le plein épanouissement de la première. La fraternité est l’instrument par lequel on crée l’égalité nécessaire à l’épanouissement de la liberté mais
c’est aussi une fin en soi car la société républicaine a pour mission de créer du lien entre les citoyens et de les unir par la réalisation d’un projet commun. Il n’est de liberté pour tous que
dans un espace social qui réduit les inégalités à travers une conception particulière de la solidarité nationale résumée par la notion de fraternité, unique notion transcendante de cette trinité
républicaine. Aux Etats-Unis au contraire, la liberté s’épanouit dans la différence, dans la pluralité des individualités fragmentées et dans le respect de cette pluralité plutôt que dans
l’unicité d’une identité nationale transcendante et assimilatrice. « E Pluribus Unum » : l’union naît de la diversité et de la pluralité. L’égalité, elle, n’est pas vraiment une
notion qui doit être protégée ou promue par la république américaine. Elle est posée comme une donnée première et naturelle: les hommes sont égaux au moment de leur création, ce qui ne signifie
pas qu’ils le restent ni que la nation doive protéger cette condition première de l’homme. Dans le préambule de la Déclaration d’Indépendance de 1776, les droits inaliénables de l’homme sont la
vie, la liberté et la recherche du bonheur, une autre façon de parler de la prospérité au 18ème siècle :
« We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and
the pursuit of Happiness. »
L’égalité, elle, est conçue comme une identité de condition à la naissance, pas comme un droit inaliénable qu’il faudrait protéger ou promouvoir. Cette conception de l’égalité comme donnée
première à la naissance n’exclut donc pas l’évolution des individus vers une inégalité de conditions au cours de leur vie. La liberté, elle, est un droit inaliénable, tout comme la vie et la
recherche de la prospérité matérielle, mais pas l’égalité. Ici se situe une des différences fondamentales entre l’identité républicaine française et l’identité républicaine américaine : en
France c’est l’égalité qui mène à la liberté de tous alors qu’aux Etats-Unis la liberté individuelle peut s’épanouir pleinement malgré l’inégalité de condition entre les individus. Il s’agit bien
évidemment de représentations et d’imaginaires nationaux mais, à l’heure où tout semble indiquer que le modèle de référence de Nicolas Sarkozy est le modèle américain, il paraissait plus que
nécessaire de rappeler les différences fondamentales qui nous séparent de nos amis américains.
Le débat sur l’identité nationale et la trahison des principes républicains
En devenant Président de la République française, Nicolas Sarkozy s’est posé en défenseur de l’identité nationale en créant un nouveau ministère : celui de l’Immigration, de l’Intégration,
de l’Identité nationale et du Développement solidaire. Pour des raisons historiques et politiques évidentes, la notion d’ « identité nationale » est suspecte aux yeux de bien des
Français et la création de ce nouveau ministère avait provoqué des réactions outrées dans le monde politique et associatif. La juxtaposition des termes d’immigration, d’intégration et d’identité
nationale laissait en effet craindre l’institutionnalisation d’une conception très droitière et nationaliste de l’immigration, désormais perçue comme un danger pour une identité française
comprise dans un sens ethnique voire racial. Certains y percevaient déjà des relents fascisants et craignaient, probablement à juste titre, la légitimation d’un certain type de nationalisme
exclusif et douteux.
Aujourd’hui c’est un grand débat sur l’identité nationale qui est lancé et qui me donne l’occasion d’être pleinement française en exerçant ma liberté d’expression contre l’ouverture même de ce
débat et contre les abus et les déviances du pouvoir en place. Nicolas Sarkozy trahit les valeurs de la devise française lorsqu’il augmente les inégalités en créant le paquet fiscal qui donne
plus à ceux qui ont déjà beaucoup ou en supprimant la carte scolaire qui risque d’accroître un peu plus les inégalités scolaires. Nicolas Sarkozy et son régime trahissent nos valeurs lorsqu’ils
permettent que la liberté d’expression des intellectuels et des citoyens soit bafouée lorsqu’on demande par exemple à une jeune lauréate du prix Goncourt d’observer un devoir de réserve. Nicolas
Sarkozy et son gouvernement trahissent les idéaux de la France fraternelle et accueillante lorsqu’ils ordonnent la reconduite de ressortissants afghans aux frontières de leur pays en guerre.
Enfin, Nicolas Sarkozy et Eric Besson trahissent l’identité nationale lorsqu’ils ouvrent un grand débat sur l’identité nationale car au lieu de rassembler, le projet sous-jacent semble bien être
de diviser les Français et de stigmatiser ceux qui ne le seraient pas, réduisant en miettes une valeur trop souvent oubliée de notre devise nationale : la fraternité.
L’heure est grave, Monsieur Sarkozy. Notre identité nationale est menacée : vous la trahissez.
D'un Point de Vue (Fx LECHAT)
Philippe FERAL
René CAUNES
Des Infos du Conseil (F VAREILLES)