Par Les Échos
Lundi 10 août 2009
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Source: Les
Échos [ 10/08/09 - 07H47 - AFP ]
© AFP/Archives - Eric Cabanis
Puissants aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, les "think tank", laboratoires d'idées et d'expertises visant à influer sur la politique, cherchent à s'imposer en France où ils
sont encore embryonnaires.
Anglicisme qui n'a pas encore son équivalent en français, le terme est appliqué à des structures dotées d'une organisation, d'un budget, produisant des idées et des études.
Leur mission: "réfléchir, proposer, influencer", résume dans sa devise l'Institut Montaigne (droite), créé en 2000 par Claude Bébéar.
D'autres ont fleuri ensuite comme la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol, 2004), proche de l'UMP, Terra Nova (2008) proche du PS, comme l'est la plus ancienne Fondation Jean Jaurès
(1992).
Plusieurs travaillent sur des sujets précis: l'Europe pour la Fondation Robert Schuman, l'international pour l'Ifri (droite) et l'Iris (gauche).
"En France, on en est au balbutiement, les think tank sont plutôt victimes d'incompréhension culturelle", regrette Dominique Reynié, directeur général de Fondapol.
"Aux Etats-Unis, en Allemagne, en Angleterre, ils sont totalement acceptés: leur travail, c'est de produire des idées, des arguments, des expertises, avec des sensibilités politiques
différentes, ce qui permet de nourrir le pluralisme du débat". "Mais en France, il y a cette idée que, si on a une sensibilité politique, on ne peut pas intervenir dans le débat autrement que
comme militant", déplore-t-il.
Quant aux pouvoirs publics, selon lui, "ils accordent plus de considération à ce qui est produit dans des cercles directement liés au pouvoir central" (centres d'analyses, où les énarques sont
légion).
Point de vue partagé par Gilles Finchelstein, délégué général de la Fondation Jean Jaurès: en France, les think tank n'ont "ni le même prestige, ni les mêmes moyens, ni la même influence que
leur alter ego allemands ou américains".
"Les fondations à l'allemande ont un rôle international très important, mais dans la conception traditionnelle française, l'Etat seul a cette responsabilité", relève-t-il.
On est à des années-lumière de l'influence des instituts américains: Fondation Héritage à l'ère Reagan, néo-conservateurs sous George W. Bush.
Pourtant les think tank françaises ont un avenir, car la crise et son cortège de bouleversements renforcent "la nécessité de mutiplier les sources d'expertise", souligne M. Reynié.
Il vante leur position originale "entre les partis tenus par les logiques de militantisme", et les universitaires, soumis aux "contraintes scientifiques qui les empêchent de produire des
analyses sur des sujets chauds".
L'actualité est souvent leur affaire: Fondapol a fourni des arguments en faveur du travail dominical en plein débat parlementaire, Terra Nova a préconisé au PS des primaires ouvertes pour
désigner son candidat en 2012.
"L'intérêt des partis s'accroît", renchérit M. Finchelstein dont la Fondation a un partenariat de 18 mois avec le PS sur le thème de la mondialisation.
Le handicap des Think tank est aussi financier. Avec des budgets ténus (3,2 millions d'euros pour l'Institut Montaigne, 2,3 pour Jean Jaures, moins de 2 pour Fondapol), on est loin de la force
de frappe des allemands: Konrad Adenauer Stiftung (droite, 100 millions), Friedrich Ebert Stiftung (gauche, 120 millions).
Se proclamant indépendantes des partis, les fondations sont financées soit exclusivement par le privé (quelque 90 entreprises pour l'Institut Montaigne), ou le public, comme Jean Jaurès qui
cherche à diversifier ses sources.
Par Elahe MEREL
D'un Point de Vue (Fx LECHAT)
Philippe FERAL
René CAUNES
Des Infos du Conseil (F VAREILLES)